En 1908 les travaux de construction du tunnel international du Somport commencent. Le projet est d'envergure : il faut percer un tunnel à voie unique en alignement de 7875 mètres (dont 4012 en France) de 6 mètres de haut et de 4,25 mètres de large avec un profil en rampe de 34 ‰ jusqu'au faîte situé à la frontière française, puis une pente de 4,7 ‰ débouchant dans la vallée de Canfranc.
 
Un village est créé de toutes pièces pour les ouvriers qui travaillent au percement du tunnel. C'est ainsi que les Forges d'Abel, autrefois désertes, deviennent un véritable petit village avec sa gendarmerie, son école, sa place du marché et ses maisons en bois.
     
Les Forgesd'Abel, village éphémère aujourd'hui disparu.
  Les travaux de percement débutent côté français le 10 octobre 1908 et le 23 octobre du côté espagnol. Français et Espagnols travaillent 24 heures sur 24 en 3x8 pour creuser le tunnel. Pour aller plus vite, on creuse un tunnel à deux galeries superposées (galerie de base et galerie de faîte), comme l'indique le croquis ci-contre. La section du tunnel atteinte on fait alors tomber le plancher intermédiaire.
  Du côté français on emploie des perforatrices à air comprimé forant jusqu'à trois mètres de profondeur des trous d'environ 5 cm de diamètre et... beaucoup de dynamite. La perforatrice fore d'abord des trous de mine dans lesquels on tasse les cartouches de dynamite. Un ordre bref ! Toute l'équipe recule de plusieurs mètres ; quelques secondes plus tard, une déflagration de bruits sourds. Les ouvriers s'approchent alors et pour ne pas ralentir le travail des machines, déblayent à toute vitesse les quelques tonnes de roches qui viennent de s'éparpiller sur le front d'attaque. Les déblais sont évacués par un système de wagonnets. Ils servent à établir la plate-forme de la future gare des Forges-d'Abel.
 
Tous les corps de métier sont représentés sur le site. Une usine hydroélectrique, alimentée par le barrage d'Anglus, fournit la puissance nécessaire au chantier. Des ateliers de réparation, une usine pour produire l'air comprimé des perforatrices, les pompes d'épuisement, l'atelier de broyage de la roche pour la fabrication du sable et de la pierre concassée, les bureaux administratifs… sont indispensables aux travaux de percement du tunnel.
     
Travaux de percement du tunnel du somport aux Forgesd'Abel.
  Les obstacles rencontrés sont nombreux et entravent la marche des travaux. Ils sont de nature et de gravité diverses, mais tous aussi redoutables : la chaleur, les problèmes de ventilation, les irruptions d'eaux souterraines, les éboulements... L'eau est une ennemie à l'intérieur du tunnel. Au cours des travaux, de nombreuses sources jaillirent ça et là avec un faible débit. En octobre 1911, à 2500 mètres de la tête du tunnel, on voit jaillir, à plus de 20 mètres, une veine d'eau : il faudra quinze jours pour que l'écoulement s'arrête.
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