aradoxalement, la ligne connaîtra une période d'intense activité pendant la seconde guerre mondiale. A l'écart des grands passages transfrontaliers, elle offre la relative discrétion d'une ligne de montagne située en zone libre jusqu'en 1942. La douane internationale de Canfranc voit son trafic croître grâce aux échanges commerciaux entre trois pays restés "neutres" : la Suisse, le Portugal et l'Espagne.
  Elle est aussi le témoin du soutien de l'Espagne à la machine de guerre allemande. Dès la chute de Paris en juin 1940, de nombreux convois chargés de minerai de fer de Teruel et de wolfram (minerai de tungstène) de Galice sont expédiés en Allemagne. En échange le régime de Franco reçoit de l'or et c'est par Canfranc qu'une bonne partie de ce métal précieux va transiter.
  L'or des nazis passe par Canfranc. C'est une découverte fortuite qui a sorti de l'oubli cette étonnante histoire.
Jonathan Diaz, est conducteur de l'autocar TER assurant la liaison Oloron-Canfranc. C'est en se promenant dans les emprises de la gare, un jour de novembre 2000, que l'Oloronais est tombé sur des papiers éparpillés sur les voies. Quelle ne fut pas sa surprise de lire à plusieurs reprises le mot "lingotes de oro", lingots d'or. Il venait de découvrir les documents prouvant le passage de l'or nazi par la gare internationale. Ils attestent de l'arrivée de 45 convois du 16 juillet 1942 au 27 décembre 1943. En tout, près de 86,6 tonnes d'or ont transité par Canfranc en provenance de la Suisse : 74,5 tonnes partirent pour le Portugal, 12,1 restèrent en Espagne.
  Les historiens et les spécialistes connaissaient le transit de l'or nazi entre la Suisse et la péninsule ibérique, mais jusqu'à présent, il n'y avait aucunes traces dans les archives du rôle de la gare internationale dans l'acheminement de cet or. Les documents retrouvés ont un caractère interne au service des douanes. Ils étaient transmis par l'employé principal de la douane de Canfranc au chef du service commercial de la direction générale des douanes à Madrid. Ce sont des doubles, les originaux ont disparu. Ils relatent aussi la diversité des échanges commerciaux et mentionnent les exportations de wolfram en 1943 alors que le commerce de ce minerai stratégique avait été interdit par les Alliés.
  Le train de la liberté. Si le Transpyrénéen est le train de tous les trafics, c'est aussi celui de la liberté. Des centaines de juifs, des résistants et des aviateurs alliés emprunteront la ligne pour s'évader de l'Europe occupée.
  Les soldats allemands profitent de la double nationalité de la gare de Canfranc pour s'y installer en novembre 1942 après avoir mis fin à la zone libre. Mais grâce à quelques hommes courageux, la ligne Pau-Canfranc continue à être utilisée par la résistance française. Albert Le Lay, administrateur en chef de la douane française est un de ceux là.
  Le Lay et le réseau de Rémy
  La libération. A partir de juin 1944, la résistance multiplie les sabotages dont certains seront spectaculaires :
  - 9 juin 1944, déraillement d'un train suite à l'enlèvement d'un rail à Lurbe,
  - 14 juillet 1944, le pont métallique d'Escot de 60 mètres franchissant le gave d'Aspe est saboté par explosifs. Le pont est très endommagé, la circulation est interrompue. Les trains de voyageurs s'arrêtent au niveau du pont que l'on traverse sur une passerelle en bois pour prendre un autre train resté prisonnier entre le pont et Canfranc.
  - 5 août 1944, nouveau plasticage à Escot pour empêcher l'acheminement de wagons de wolfram.
  La ligne a montré pendant la guerre quelle était capable d'absorber un important trafic de marchandises. Pourtant, elle va prendre un autre chemin…[suite]
   
   
    El Oro de Canfranc, Ramón J. Campo, Biblioteca Aragonesa de Cultura, 2002
Ramón J. Campo, est journaliste à l'Heraldo de Aragón. A la suite de la découverte des documents sur l'or de Canfranc, il a mené une enquête passionnante. Après avoir rédigé une série d'articles pour son journal, il a publié un livre, El Oro de Canfranc.
  Trafic d'or, chemin de la liberté, lieu de résistance… Il raconte, avec de nombreux témoignages, l'histoire étonnante de Canfranc et de sa gare internationale pendant la seconde guerre mondiale.
  Basses-Pyrénées, occupation, libération, 1940-1945, Louis Poullenot, J&D éditions, 1995
Ce livre retrace l'histoire du Béarn sous l'occupation.
     
 
actualisé le 02/04/03